Biographie
Née en 1982 à Echirolles (Isère), Juliette Lamarca a intégré dès le plus jeune âge les pratiques créatives (dessin, expérimentations plastiques variées, poterie, puis écriture) à sa vie quotidienne. Au delà d’un plaisir, c’est une manière d’être au monde.
Enfant et adolescente, elle se rêve en écrivain, poète, « inventrice ».
Dès le lycée, elle intègre une filière arts appliqués, qui la mène ensuite vers le textile avec des études supérieures à l’école La Martinière Terreaux (Lyon) et un diplôme de Concepteur Créateur Textile en 2004. Elle aime dans le textile les côtés sensible, tactile et symbolique, la proximité étroite avec les arts plastiques (décors faits de dessin et couleurs).
Elle travaille dix ans en entreprise chez un éditeur de tissus d’ameublement, occupant un poste de designer textile coloriste (2005-2015). Son sens de l’harmonie des couleurs est remarqué et apprécié. Mais le besoin de faire des choses de ses mains, et de la façon la plus personnelle, est trop fort. Elle se met à peindre les soirs, week-end, pendant les vacances ; s’inscrit à la Maison des Artistes en tant qu’artiste professionnelle et commence à exposer.
Une première expérience de la maternité, prenant la forme d’une pause réflexive privilégiée, rebat les cartes du jeu et marque un tournant de vie : désormais, la peinture sera la priorité, le métier numéro un.
Entre 2015 et la pandémie covid, Juliette peint chez elle (Paris, puis Clamart) ; puis intègre à l’automne 2021 un atelier dans le tiers lieu Atlas, porté par Plateau Urbain : c’est une étape de plus, déterminante, dans une vie d’artiste. Grâce à ce nouveau lieu, la production s’intensifie, se déploie, gagne en assurance.
Juliette est représentée par les galeries Bertrand Gillig (Strasbourg) et Virginie Baro (Hendaye). Elle possède des expériences annexes liées à l'art telles que la médiation d'expositions d'art contemporain, le live painting (contexte événementiel corporate), les ateliers créatifs en entreprises, l'enseignement de la peinture à un public adultes amateurs et l'animation d'activités d'arts plastiques pour les enfants.
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Photographe - Daniel Derajinski -2021
AUTOPORTRAIT
Je suis d’ici et d’ailleurs, ici presque par hasard ou plutôt par un cumul de faits. J’aime la capitale sans me revendiquer parisienne, et bien incapable de me repérer sans GPS. J’ai grandi en fréquentant tant la méditerranée que l’océan. Je suis née au creux des montagnes, mais n’y suis pas restée assez longtemps pour prendre racine. Mes ancêtres étaient espagnols, italiens, pieds-noirs, à l’exception de ma grand-mère vichyssoise. Grands-parents ouvriers, secrétaire dactylo, chimiste sur un malentendu, couturière pour la Haute Couture. Père instituteur, mère au foyer. Je me sens chez moi dans les quartiers qui montent et qui descendent, les pentes de la Croix Rousse, Montmartre. La ville me convient pour tout ce qui peut s’y faire sans voiture, en direct, à échelle humaine. La nature m’appelle, m’inspire et m’émeut, oserais-je dire, me parle ? Parle à qui sait l’écouter ?
J’habite une ville qui sent successivement la rose, la glycine, le jasmin puis le chèvrefeuille. Je parcours, de la maison à l’atelier, environ 14 km à vol d’oiseau, mais comme je ne suis pas pourvue d’ailes, j’utilise très banalement le train, le métro, mes jambes et mes pieds. En chemin, je me distrais avec mes pensées (on a toujours de quoi faire), réalise ma veille numérique et une partie de ma communication. Il n’est par rare que je finalise une publication en montant à grandes enjambées un escalator (me laisser porter passivement par eux m’ennuie).
Ma lumière préférée est celle de la « golden hour », généreuse, ambrée, cajoleuse, sublimatrice. L’été, ou en début d’automne, avant que ça se gâte et que ne me taraude l’envie du premier feu de cheminée pour conjurer le sort. Mais chaque lumière possède sa manière de révéler, d’interagir, de rendre intéressant un paysage. Même l’absence d’une lumière caractérisée me stimule : elle me donne envie d’inventer, de compenser. Par exemple, en invoquant une couleur qui changerait la donne. Nos pouvoirs sont grands, il suffit d’en avoir conscience. Je crois beaucoup à ça. L’imagination. Le faire. Beaucoup avec peu. De son mieux. Quel que soit le contexte. Une pierre après l’autre. Lentement mais sûrement. Pas à pas. De ses mains.
Si j’étais une saison, ce serait le printemps, fête de l’éclosion, de la croissance, de la transformation ; saison créative en somme. Les verts s’y déploient en majesté et en variété. C’est aussi la saison idéale pour se promener comme pour travailler. La lumière est suffisante, la chaleur non excessive. On ne s’encombre pas trop d’habits. Et on peut rêver à l’été.
Mon musée préféré est le musée d’Orsay, parce que l’indolente de Bonnard, parce que les cathédrales de Monet. Les horloges, la structure, la Seine et le jardin des Tuileries complètent magnifiquement le tableau (si je peux parler d’un tableau pour un lieu qui comporte 5000 œuvres).
A treize ans, au cinéma, je me suis sentie (enfin) comprise devant « la cité des enfants perdus » de Jean-Pierre Jeunet », ce film dans lequel on ne comprenait rien. Au lycée, j’ai lu éperdument les surréalistes, et je connaissais Le Petit Prince quasiment par cœur. Prévert m’a accompagnée entre 15 et 25 ans, avec ses textes de plusieurs pages du début du recueil Paroles. Je me souviens encore de vers préférés – « Et ce que je ne sais pas je le devine, Et ce que je ne devine pas je l'invente, Et ce que j'invente je l'oublie, Alors fais comme moi ma jolie, Regarde couler la Seine et raconte pas ta vie ». J’ai anticipé Paris par Renaud et Mano Solo, découvert Marseille par Jean-Claude Izzo.
En 2009, j’ai écrit un album jeunesse, « Histoire d’un Loup », illustré par mon amie Loren Capelli, édité par Thierry Magnier du groupe Acte Sud. Le narrateur, c’est la forêt. Quinze ans plus tard, je peins des forêts en grands formats, vivantes, incarnées, et je réalise le lien, je mesure qu’il n’y a pas de hasard véritable, seulement des graines et du terreau.
Par ailleurs, ma première publication, dans le recueil « Quatre histoires mystérieuses », à onze ans grâce au plus grand concours de littérature jeunesse organisé par Nathan, s’intitulait « lumière d’espoir ». Le mystère, la lumière, voilà bien encore deux annonciations éloquentes de ce que j’allais peindre plus tard. Est-ce qu’on porte tout en nous quasiment depuis toujours, et il faut des manifestations concrètes pour pouvoir s’en rendre compte, ne pas oublier ?
Ma manière de regarder ? Lente, attentive, posée, analytique sans chercher à l’être. Je réagis très peu dans l’instant. Je préfère observer beaucoup, ou plus justement, accueillir beaucoup. Laisser mûrir, restituer plus tard, quand ça me chante, quand ça me prend. Je crois que les choses me mijotent en tête, dansent en arrière plan, et agissent à travers moi. Je procède par infusion, imprégnation, décantation, émanation. Je fais corps ; je crois que je ne peux pas dire mieux. C’est probablement pourquoi les registres de la peau, de la chair, du sang, m’ont toujours intéressée. Aujourd’hui j’y puise encore des teintes… j’y ai toujours puisé. C’est une obsession de plus, au même titre que le végétal, la lumière ou le mystérieux…
Je suis pétrie d’obsessions. Pourtant je suis calme et modérée. Je crois que je fais preuve d’un entêtement sage, d’une opiniâtreté tranquille. Pacifiste mais passionnée. Je suis la sève qui bouillonne sans qu’on la voie. Le feu sous, non pas la glace, mais la surface de l’eau. L’eau dont je rêvais toujours à l’adolescence, source, rivière, fontaine, douche, bain, mer. Une eau pure, symbole de l’inconscient et de régénération. Mais pourquoi faudrait-il continuellement se laver et renaître ? Voilà encore un sujet, non pas à traiter mais à explorer. Cela tombe bien, la peinture permet tous ces voyage, intérieurs et presque immobiles (mise à part la gymnastique perpétuelle de l’artiste, qui avance, recule, s’accroupit, se relève, lance ses bras et tourne son poignet). Explorer, démêler, capturer, nager dans ; sans renoncer au mystère.
Je ne sais comment contenir, suspendre ce texte ; on s’arrête là, tout simplement, et vous repartez avec vos pensées, à votre rythme, et suivant le leur ? Je ne crois pas qu’on puisse achever un portrait de toutes façons ; laissons l’eau couler, la vie s’écouler, la suite s’écrire en coulisses.
Juillet 2026